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J’aime beaucoup Colored Food Series de la photographe Lawrie Brown, une série aussi réussie que dérangeante, faisant la part belle à la puissance symbolique et normative de la couleur et qui nous interpelle sur notre rapport à la consommation des aliments ovnis que nous propose, le plus naturellement du monde, l’industrie agroalimentaire.

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« L’une des violences faites aux femmes c’est qu’on les anonymise et on passe à la trappe leur existence » rappelait Antoinette Fouque, fondatrice du MLF. Nancy Cunard était sans doute trop brillante et bruyante pour que l’historiographie dominante ne la laisse à jamais dans l’ombre. Louis Aragon avait vu juste : « On connaît en France Nancy Cunard. Elle y a passé la majeure partie de sa vie et plus tard on ne pourra faire, sans parler d’elle, l’histoire intellectuelle d’une part de ce siècle ».
L’exposition « L’Atlantique Noir » qui lui est consacrée au musée du quai Branly s’attache justement à remettre en pleine lumière le parcours, l’œuvre et l’engagement de cette femme libre qui, toute sa vie durant, s’est battue pour la justice et l’égalité : « Égalité des races, égalité des sexes, égalité des classes » (Nancy Cunard, 1956).

Poétesse, collectionneuse, modèle, éditrice, militante, journaliste, Nancy Cunard (1896-1965) est une et multiple, bouillonnante, fascinante et d’une déconcertante modernité.
Avec un bel ensemble d’objets, ouvrages, bandes sonores, photos et un parcours très didactique, l’exposition du quai Branly retrace le parcours personnel et artistique de Nancy Cunard, en le resituant dans son contexte historique, culturel et politique, pour se recentrer ensuite sur sa grande œuvre : Negro Anthology, un livre encyclopédique sans précédent, consacré à l’histoire des Amériques noires, de l’Afrique et de Madagascar. Un ouvrage qui marqua profondément les esprits.

Riche héritière anglaise, Nancy Cunard quitte L’Angleterre puritaine pour le Paris des années 20 afin de vivre pleinement ses activités intellectuelles, sa créativité artistique et sa vie sexuelle.

À Londres comme à à Paris, elle fascine et devient une véritable icône, dans un entre-deux-guerres en pleine effervescence culturelle. De plain-pied dans l’avant-garde artistique et littéraire, elle pose pour les plus grands : les peintres Wyndham Lewis, Eugene MacCown, John Banting, le sculpteur Constantin Brancusi et les photographes Man Ray, Curtis Moffat, Cecil Beaton et Barbara Key-Seymer. Ses amitiés sont aussi stimulantes que foisonnantes : Tristan Tzara, Jean Cocteau, Beckett, Virginia Woolf, le couple Fitzgerald et tant d’autres encore.


Tzara et Nancy Cunard au bal du comte de Beaumont, 1924
(© Man Ray Trust – Adagp, Paris 2013 / Centre Georges Pompidou © musée du quai Branly)

De son côté, elle écrit : ses premiers poèmes sont édités en 1916, puis elle publie quatre recueils entre 1921 et 1930.

En 1926, elle devient la maîtresse d’Aragon et l’inspire dans plusieurs de ses écrits, comme le roman érotique Le Con d’Irène, ce qui a fait dire à Elsa Triolet : « On parle toujours des poèmes que Louis a écrits pour moi. Mais les plus beaux étaient pour Nancy. »

En 1928, elle fonde les éditions Hours Press pour publier de la poésie expérimentale et proposer à des artistes contemporains de réaliser les couvertures.
 En quatre ans, elle édite 23 ouvrages en anglais et en tirages limités, dont le premier texte publié de Samuel Beckett, Whoroscope, et un des volumes des Cantos d’Ezra Pound.

La même année, en voyage à Venise, elle tombe amoureuse du pianiste de jazz afro-américain Henry Crowder qui devient son compagnon officiel. Il s’investit dans les activités d’Hours Press et la sensibilise aux conditions des Noirs américains. « Les éditions Hours Press s’intéressent aussi à l’ethnographie – à l’art africain, océanien et des deux Amériques – et auront toujours quelques spécimens en exposition, ainsi que certains tableaux français modernes, quelques livres anglais et américains, et des publications surréalistes. » (Nancy Cunard, 1930)


Henry Music
Hours Press,1930
couverture de Man Ray
(Man Ray reproduction © Courtesy Harry Ransom Center The University of Texas at Austin © Man Ray Trust – Adagp, Paris 2013)

C’est en 1934, Nancy Cunard compile et publie, en 1934, chez l’éditeur londonien Wishart and Compan, Negro Anthology, tiré à 1000 exemplaires, une publication collective colossale, réalisée comme une immense enquête documentaire.

Plus de 850 pages avec 385 illustrations et 250 articles écrits par 150 auteurs, artistes, militants, journalistes, universitaires, africains-américains, antillais, africains, latino-américains, américains, européens, des hommes et des femmes.

Des femmes justement.


Zora Neale Hurston, considérée comme la première grande romancière noire féministe.


Maud Cuney Hare, musicienne, metteuse en scène et historienne de la musique.


Gladis Berry Robinson, poétesse, elle organise de nombreuses évasions d’esclaves.

Negro Anthology a pour objectif de « montrer, démontrer que le préjugé racial ne repose sur aucune justification [...] que les Noirs ont derrière eux une longue histoire sociale et culturelle. , et que ceux qui les rejettent comme des sous-hommes ignorent tout de leur histoire passée, de leurs civilisations, de leurs luttes ». Un véritable monument de l’histoire des Noirs et une œuvre panafricaine majeure.

L’été 1936, la guerre civile éclate en Espagne, Nancy Cunard quitte la France pour la Barcelone républicaine et s’engage auprès des intellectuels antifascistes en tant que journaliste. Plus tard, elle grossit les rangs de la Résistance, milite pour le communisme et l’antifascisme. Engagée, militante, entière, comme toujours.

Nancy Cunard meurt le 16 mars 1965, à l’âge de 69 ans, le corps malade et l’esprit embué, dans une salle commune de l’hôpital Cochin, à Paris, définitivement sa ville.


Portrait de Nancy Cunard par Barbara Ker-Seymer
(© The Estate of Barbara Ker-Seymer © musée quai Branly)

« Que dois-je dire de moi-même ? J’aime la paix, la campagne, l’Espagne républicaine et l’Italie antifasciste, les Noirs, leur culture africaine et afro-américaine, toute l’Amérique que je connais, la musique, la peinture, la poésie et le journalisme (…). Je hais le fascisme. Et le snobisme et tout ce qui va avec. » (Nancy Cunard)

« L’Atlantique Noir » de Nancy Cunard (1931-1934)
Jusqu’au 18 mai 2014
Musée du quai Branly
37, quai Branly
75007 Paris
Tél. : 01 56 61 70 00

Un livre ? Nancy Cunard, de François Buot, Pauvert.

Je me poilais déjà pas mal avec le tumblr mais alors lorsque j’ai découvert les T-shirts (via) j’ai failli m’étouffer avec mes spaghetti. Comme j’aime beaucoup Nietzsche et j’aime bien ta mère aussi, j’ai choisi celui-ci (qui est parfait pour rien glander au soleil comme tu peux le constater toi-même de prime abord). Et comme [...]

© MARILYN MINTER via